Banane-plantain : le grand paradoxe camerounais
Scandales, favoritisme et oubliés du terrain : comment le Minader sacrifie la filière banane-plantain

Encensé par le président comme modèle d’agro-entrepreneuriat, Samuel Tony Obam Bikoué multiplie pourtant les ratés organisationnels et les soupçons de détournements autour du Festival international de la banane-plantain. Pendant ce temps, des artisans comme Ndjeyick Pouhè Joseph, inventeur d’un vin unique de banane-plantain, survivent sans aucun soutien. Derrière les paillettes et la communication ministérielle, c’est une filière stratégique qui s’enfonce dans l’opacité,
le favoritisme et l’inaction du Ministère de l’Agriculture. Jusqu’à quand ?
Derrière les discours officiels, la réalité est brutale. En février 2025, le chef de l’État vantait le parcours de Samuel Tony Obam Bikoué comme un exemple à suivre. Mais dans les coulisses, les rapports administratifs décrivent un désastre : infrastructures fantômes, délégations étrangères humiliées, centaines de millions de FCFA engloutis sans résultat. Malgré ces alertes, le ministère de l’Agriculture reste de marbre. Pas d’audit. Pas de contrôle. Pas même une sanction. En prime une 4ème édition avec l’argent du contribuable.
Le contraste est saisissant avec Ndjeyick Pouhè Joseph, pionnier d’un vin artisanal de banane-plantain qu’il développe depuis plus de vingt ans. Montant réclamé pour se professionnaliser : 1,5 million FCFA. Une somme dérisoire comparée aux subventions astronomiques accordées au festival d’Obam Bikoué. Mais cet artisan, malgré ses efforts et ses formations, se heurte à l’indifférence totale des autorités. Résultat : il s’autofinance, travaille seul, et refuse désormais les foires et salons où son savoir-faire est instrumentalisé sans aucun retour.
Ce double visage illustre un mal plus profond : l’argent public sert de vitrine politique plutôt que d’outil de développement. La filière banane-plantain, pourtant stratégique pour la sécurité alimentaire et l’exportation, est confisquée par des logiques clientélistes. L’inaction du Minader ne fragilise pas seulement les producteurs ; elle entame la crédibilité de l’État et détourne les investisseurs. Une question s’impose désormais : combien de temps le contribuable et les véritables acteurs accepteront-ils ce théâtre coûteux ?
