La régulation des marchés financiers dans l’espace OHADA : Lecture critique de l’ouvrage de Daniel  keuffi.

Selon la note de lecture du docteur en droit, Faustin  Ekollo  parvenue à notre rédaction,  l’ouvrage de Daniel Keuffi  intitulé « La régulation des marchés financiers dans l’espace OHADA », est   une contribution majeure à la compréhension du cadre juridique et institutionnel des marchés financiers en Afrique.

La régulation des marchés financiers en Afrique subsaharienne, notamment dans l’espace OHADA, demeure un sujet complexe et d’actualité. L’ouvrage de 420 pages  de  Daniel Keffi, préfacé par  le professeur Michel STORCK aux éditions l’HARMATTANT  2010, est le fruit d’une thèse soutenue en 2010 à Strasbourg, qui apporte un éclairage approfondi sur la question. Dans un contexte où les marchés financiers africains peinent à s’imposer comme des leviers de croissance, cette analyse met en lumière les défis et les perspectives d’amélioration du cadre réglementaire en vigueur.

Selon Faustin Ekollo, cet ouvrage, préfacé par les professeurs Yvette Kalieu Elongo et Paul-Gérard Pougoué, dépasse la simple description des dispositifs existants et propose une véritable réflexion critique sur l’efficacité des mécanismes en place. Dans sa note de lecture, le Dr Ekollo précise que « l’auteur procède à un recoupement systématique des relations entre les différentes institutions régionales ; il étudie les risques de conflits ou d’inefficacité et met en perspective, dans une approche comparatiste, les évolutions en France et au sein de la communauté européenne ». L’ouvrage inclut également de nombreuses références au droit comparé, notamment au common law, ce qui n’est pas surprenant venant d’un juriste camerounais. La diversité et l’abondance des sources sont appréciables : les ouvrages et articles relatifs au droit des sociétés et au droit boursier sont largement cités. Des auteurs français côtoient des auteurs africains, et l’ouvrage ne manque pas de mentionner ceux qui contribuent à l’éducation financière à travers la grande presse africaine.

L’auteur souligne notamment les dysfonctionnements structurels liés à la fragmentation des institutions de régulation financière dans l’espace OHADA, partagé entre l’UEMOA et la CEMAC. Il met en avant les risques de conflits de compétences et d’inefficacité résultant de la coexistence de plusieurs régulateurs régionaux, ainsi que l’influence excessive des États dans la gestion des marchés financiers, ce qui nuit à leur indépendance et à leur attractivité pour les investisseurs.

À travers une approche comparatiste, Keuffi confronte la régulation OHADA aux évolutions du droit financier européen et américain. Il met en évidence les limites de la transposition du modèle juridique français, souvent adopté sans adaptation aux réalités économiques locales. Une critique particulièrement pertinente porte sur l’absence de prise en compte du secteur informel, pourtant prédominant dans les économies africaines. Selon l’auteur, cette omission constitue un obstacle majeur à l’inclusion financière et au développement de marchés financiers dynamiques et adaptés aux réalités locales.

L’ouvrage ne se limite pas à un simple constat des lacunes. Il propose également des pistes d’amélioration, notamment une meilleure coordination des dispositifs de régulation, un renforcement de l’autonomie des autorités de marché et un élargissement des outils de financement accessibles aux petites entreprises et aux acteurs du secteur informel. À cet égard, l’auteur met en avant l’exemple des Jua Kali au Kenya, qui illustre une intégration réussie des entrepreneurs informels dans l’écosystème financier.

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