Gestion des finances publiques au Cameroun : Le rapport de la Chambre des Comptes pointe des failles financières en 2023.
La gestion des finances publiques au Cameroun manque de transparence. Le rapport de certification du compte général de l’État pour l’exercice 2023, récemment transmis par la Chambre des Comptes à l’Assemblée nationale, met en lumière des insuffisances préoccupantes dans la gestion des finances publiques camerounaises.
Ce document, qui vise à évaluer la régularité, la sincérité et la fidélité des états financiers, révèle de nombreuses anomalies susceptibles d’avoir des répercussions significatives sur la transparence et la crédibilité de l’État auprès de ses partenaires financiers.
Selon le rapport, au 31 décembre 2023, le bilan de l’État présente un total actif de 13 338,58 milliards de FCFA, un passif de 23 315,31 milliards de FCFA, et une situation nette de -9 976,74 milliards de FCFA. Si les produits totalisent 5 024,03 milliards de FCFA pour des charges de 4 626,61 milliards, générant un résultat positif de 397,42 milliards, la trésorerie affiche quant à elle une variation négative de 48,06 milliards de FCFA.
Cependant, la Chambre des Comptes émet une opinion défavorable : ces états financiers, en raison de graves anomalies, ne respectent ni les normes comptables de l’État, ni le principe d’image fidèle du patrimoine et de la situation financière.
Le rapport identifie plusieurs anomalies majeures, notamment : la violation des principes comptables : Des modifications ont été apportées aux états financiers de 2022 après leur adoption par le Parlement, contrevenant aux principes d’arrêté périodique et d’irréversibilité de l’information comptable ; l’intangibilité des bilans non respectée : Les soldes d’ouverture des comptes patrimoniaux de 2023 ne correspondent pas toujours à ceux de clôture de 2022, en infraction avec les normes comptables ; les défauts d’évaluation : Les immobilisations de l’État n’ont pas été évaluées, et des incertitudes persistent sur le tableau des flux de trésorerie au 31 décembre 2023.
Ces manquements compromettent la fiabilité des informations financières et constituent une violation des standards internationaux définis par l’Intosai (Organisation Internationale des Institutions Supérieures de Contrôle des Finances Publiques), norme de référence des institutions supérieures de contrôle des finances publiques.
Le rapport intervient dans un contexte où le Parlement est chargé d’examiner l’exécution des lois de finances et d’assurer le contrôle des dépenses publiques. Cette mission est essentielle pour renforcer la transparence et la responsabilité dans la gestion des ressources de l’État.
Pour le gouvernement, ces anomalies soulèvent des questions sur la rigueur et la discipline budgétaire, alors même que le Cameroun cherche à consolider ses relations avec ses partenaires internationaux, notamment dans le cadre des programmes d’appui budgétaire et des réformes économiques.
Pour corriger ces insuffisances, la Chambre des Comptes recommande : la stricte application des principes comptables fondamentaux, notamment ceux liés à l’arrêté périodique, à l’intangibilité des bilans, et à l’évaluation des actifs ; l’amélioration de la gestion des postes comptables à l’étranger, afin de garantir une comptabilisation précise et exhaustive des opérations financières ; une modernisation des systèmes de gestion comptable, appuyée par une meilleure formation des agents impliqués dans la production des états financiers.

